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mardi 2 août 2011

Histoires de fantômes



Souvenir du passé

Au milieu de la nuit, au moment où tout le monde dort, ou du moins devrait dormir, on entend quelquefois des bruits insolites du coté de l'entrée du musée de Tahiti situé à la pointe des pêcheurs. De lourds claquements métalliques rompent le silence nocturne comme si des chaines s'entrechoquaient. D'après les anciens, ces sons venus de nulle part, proviendraient de prisonniers attachés par de lourdes chaines qui auraient séjournés dans une geôle située à cette pointe des pêcheurs.

La belle mère revancharde

Les rapports avec les belles-mères sont souvent tendus. Mais dans cette famille du quartier de Titioro à Papeete, ils étaient particulièrement houleux. Aussi, lorsque la belle mère marquisienne, une petite femme de caractère, décède de sa belle mort, la fille et le gendre pensaient enfin pouvoir convoler en toute tranquillité. Mais la belle-mère n’avait pas dit son dernier mot et chaque nuit elle venait perturber l’intimité du couple en déplaçant des meubles ou en fermant bruyamment des portes.
La situation était invivable et n’en pouvant plus, le gendre et un ami se glissent de nuit dans le cimetière à coté du temple de Titioro. Ils commencent par ouvrir la sépulture mais n’y arrivent pas. A chaque tentative, la pelle et la barre à mines qu’ils serraient fortement leur glissent des mains. Enfin en insistant, ils réussissent à ouvrir le cercueil et voient une petite femme encore vivante, les yeux bien ouverts qui déclare d’une voix ferme à son gendre Si tu avais été seul, je t’aurais mangé ». Le gendre pris la barre à mine et lui perça le cœur. 
Depuis la maison est calme.




La femme enceinte de Taravao



 A la sortie de Taravao, bien cachée dans les collines se trouve une pierre à accoucher dénommée « vahi titohiraa hapu ».
A cet endroit, on entend de temps en temps une femme qui pleure.
Ce jour là, Hiro qui vient de la ville, entend ces pleurs et se lève d'un bond pour secourir cette femme en détresse. Son copain lui fait signe de se rasseoir, de ne pas bouger et d'attendre. « cool, cool, mon pote ! ». Effectivement quelques minutes plus tard, on n'entend plus les gémissements mais des cris de bébé. « Voilà, c'est fini, elle a accouché ! », tu peux bouger maintenant.
On entend également les gémissements de cette femme enceinte dans la vallée de la Vaihiria et dans plusieurs autres lieux de Tahiti.

Le chien du Tahara'a

Dans la descente du Tahara'a vers Arue, non loin des arbres qui puent (Antidesma bunius), de nombreux accidents ont eu lieu. Ce qui n’est pas vraiment surprenant lorsque l’on voit la vitesse de certains véhicules vétustes qui coupent au plus serré dans les virages en empiétant complètement sur la voie de gauche. Mais certains accidentés ont dit avoir vu un chien géant sortir précipitamment de la rivière et vouloir traverser la route. Pour l’éviter, ils ont donné un grand coup de volant et se sont retrouvés dans le décor.


Les petits hommes du lac Vaihiria



Il y a environ quarante années, une bande de copains originaire des Tuamotu décide d'organiser le dimanche suivant un pique nique au bord du lac bleu de Vaihiria. La montée s'effectue à pieds dans le lit de la rivière, la route n'existant pas encore. L'endroit est magnifique, bordé d'énormes opuhi rouges ou de forêts de bambous. Au bout de trois heures l'unique lac de Tahiti est atteint. Les marcheurs fatigués s'allongent sur l'herbe et s'endorment au bord du lac. Dans un demi-sommeil, l'un des randonneurs sent quelque chose lui chatouiller le pied. Il secoue la jambe pour chasser l'insecte qui vient l'importuner et se rendort paisiblement. Mais quelques temps plus tard, il est réveillé de nouveau par des chatouilles sur sa jambe. Il ouvre péniblement un œil et voit unvarua, un tout petit bonhomme de 15 centimètres tout au plus, avec une tête deux bras et deux jambes. Il cherche à l'attraper, mais celui ci s'enfuit et va s'engouffrer entre deux pierres. Un rêve ? Et bien non !


lundi 10 janvier 2011

La légende du Poisson

Dans les temps très anciens, Raiatea et Tahaa ne formaient qu'une seule grande île appelée Ha-va-i-'i-nui (Grand-espace-invoqué-qui-remplit).
Un jour, les prêtres entreprirent la construction d'un nouveau marae. Pour que rien ne trouble l'atmosphère sacrée, aucun coq ne devait chanter, aucun chien ne devait aboyer, personne ne devait se déplacer.
Pendant cette période, une belle jeune fille nommée Terehe transgressa les ordres et alla se baigner dans la rivière. Les dieux irrités firent sortir d'un trou une grande anguille, qui avala d'un seul coup Terehe.
L'anguille, possédée par l'esprit de la jeune fille, devint enragée. Elle bondissait de tous côtés et arrachait des arbres et des rochers. Elle dévora ainsi le milieu de l'île, ce qui format un détroit qui sépara grand Havai'i en deux îles distinctes : Raiatea et Tahaa. L'anguille grandit de plus en plus et devint un énorme poisson.
Les dieux le confièrent à Tu-rahu-nui (Grand-sorcier) qui le mît sur sa tête et le dirigea vers l'est. Le poisson prit venant le nom de Tahiti-nui. Il était splendide alors qu'ils s'en allaient vers le large. Orohena, la plus haute montagne était, comme son nom l'indique, la première nageoire dorsale.
Tahiti-iti et Moorea étaient la deuxième nageoire dorsale, mais tomba à l'eau et suivit dans le sillage de Tahiti. Le poisson s'arrêta enfin, mais il était nécessaire de l'empêcher de bouger pour qu'il demeure éternellement à la même place. Des guerriers arrivèrent en pirogue pour couper les tendons du poisson. Ils essayèrent, tour à tour, mais en vain. Le célèbre Ta-fa'i se rendit à Tubuai pour chercher une hache très grande et très lourde qui avait beaucoup de pouvoir. Il invoqua Tino-rua, seigneur de l'océan, et la hâche devint légère dans ses mains. Tafa'i se mît à couper le poisson Tahiti et cessa lorsque tous les tendons furent tranchés. 
La grande chaîne de montagnes, qui dominait Tahiti, fut ainsi coupée en deux parties. L'endroit où Tafa'i frappa, forma un isthme appelé maintenant Taravao.
C'est ainsi que le territoire du grand Tahiti devint stable.                                                                                                       

mercredi 5 janvier 2011

L'origine du cocotier

Dans un passé lointain, une famine virulente aurait touché Tahiti. Les gens en étaient réduits à manger de la terre rouge et bon nombre d'entre elles décédaient.
Un père de famille torturé par le gémissement de ses enfants, s'en alla dans la montagne en quête de nourriture. II chercha des vivres pendant plusieurs jours, en vain. A bout de force, il découvrit enfin dans un endroit très éloigné des bananes "fei". Joyeux, il s'empressa d'apporter un régime à ses proches, mais découvrit à son arrivée, qu'ils étaient déjà morts. En regardant de plus prés, il s'aperçut que les dépouilles de sa famille donnaient vie à des plantes qu'il ne connaissait pas. Il en pris soin et les enterra de façon à ce qu'elles puissent continuer à grandir. Des cocotiers se dressèrent bientôt, et leurs cimes étaient couvertes de fruits. Ces cocotiers donnèrent alors naissance à de nombreuses variétés. Lorsque Tahiti et Moorea en furent couvertes, d'autres noix s'en allèrent à la rencontre de nouvelles îles pour se multiplier, et ça, jusqu'à aujourd'hui.

Un homme nommé "soleil brûlant" et sa femme "plumes rouges" réunis, eurent comme enfants des têtes qui devinrent des noix de coco peu après la naissance. Ceux-ci, au nombre de trois, furent suivis par la naissance d'un autre enfant parfaitement constitué. Ce dernier, devenu adulte, rassembla ses frères et sœurs et les planta. Les arbres grandirent à tel point que leurs frondaisons devenaient invisibles, et ils donnèrent diverses espèces de coco. On découvrit bientôt que ces nouveaux arbres et leurs fruits étaient très utiles à l'homme et on se mit à en planter partout à Tahiti et à Moorea. De ces derniers seraient issues toutes les variétés de cocotiers connues de nos jours dans les îles.

mardi 4 janvier 2011

La femme endormie dans le jardin des fleurs

Il y a très très longtemps, vivait à Paea un couple fort amoureux. La femme se prénommait Te vahine et l’homme Taaroa. Comme les Dieux étaient contre leur union, ils avaient décidé que ce couple n’aurait qu’un enfant, et que celui-ci à l’âge de six ans, serait enlevé à l’affection des siens. Te vahine mit au monde une fille si belle qu’elle décida de l’appeler Te vahine moea i te’ō pua rau ce qui veut dire «la femme endormie dans le jardin des fleurs». Naturellement, ni la mère, ni le père de l’enfant ne connaissaient le sort que les Dieux avaient réservé à leur fille.
Te vahine et Taaroa passaient leur vie à faire du bien autour d’eux, toujours prêts à aider les plus démunis. Quand leur fille atteignit l’âge de six ans, elle disparut sans que les parents ne sachent vraiment ce qui lui était arrivé. Ils allèrent consulter un tahu’a (prêtre) qui leur apprit la vérité : leur enfant avait été transformé en fleur. Te vahine et Taaroa étaient des personnes si bonnes que le tahu’a leur dit : « Un jour, un homme ira la délivrer de ce sortilège, mais il faudra qu’il possède une qualité rare la patience ».
Quatorze années passèrent ainsi sans que quiconque ne puisse libérer la malheureuse. Te vahine et Taaroa ne désespéraient pas de revoir un jour leur fille et ils en parlaient à tous les jeunes du village. Ainsi, plusieurs jeunes se mirent à la recherche de cette fleur unique. Elle était unique par sa couleur, par sa forme, par son odeur, c’était une fleur verte. A chaque fois qu’un jeune homme partait dans la vallée de Hopa à Aoua tout le village attendait son retour.
Plusieurs jeunes hommes se lancèrent tour à tour à la recherche de la belle, mais jamais aucun ne revint ! Un jeune homme nommé Taaroa ha’iha’i te rouru tarere : ce qui veut dire “l’homme aux cheveux longs” décida un jour de tenter sa chance à son tour. Mais avant, il alla rendre visite au tahu’a afin de recueillir plus d’informations sur ce sortilège. Le grand prêtre lui donna un renseignement : « Maintenant, tu trouveras facilement cette fleur unique, puisque tous les jeunes hommes partis à sa recherche ont été transformés en fougère, tu n’auras aucun mal à les trouver mais il faudra que tu sois patient ». Taaroa ha’iha’i te rouru tarere partit donc à la recherche de cette fleur, et comme le tahu’a lui avait annoncé, il la trouva facilement en comptant les fougères.
Il se mit bien en face d’elles, debout et resta ainsi cinq jours et cinq nuits sans dormir ni manger. La sixième nuit, une fumée sortit de la fleur. Taaroa ha’iha’i te rouru tarere sentit une odeur très forte se dégager, et enfin il vit la jeune fille sortir de la fleur. Elle était encore plus belle qu’il ne l’imaginait. Il s’avança vers elle et l’enlaça. Tous deux rentrèrent au village où une grande fête fut organisée en leur honneur, ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.
Depuis cette époque les prénoms de Taaroa et Tevahine portent bonheur et on ne retrouva plus jamais une fleur semblable dans la vallée de Hopa.
                                                                                                       

dimanche 2 janvier 2011

La légende du tiare Apetahi


Le tiare Apetahi est unique  par sa forme très particulière et aussi  parce qu’il pousse sur la plus haute montagne de Raiatea, le Mont Temehani . Alors que tous les autres tiare connus présentent une corolle circulaire fermée, le Tiare Apetahi fait penser à une main ouverte, les cinq doigts écartés. En outre , tous les autres tiare ont un nombre pair de pétales, mais le tiare Apetahi  en a cinq. Voilà une version d’ une belle légende qui est liée à cette fleur .

Pour s’être disputée avec son tane , Apetahi, une femme de pêcheur se donne la mort au sommet du mont Temehanirahi. D’abord elle s'ampute un bras qu'elle place dans un trou, mains   vers le ciel.
Le lendemain, au lever du jour, des promeneurs  ayant passé la nuit au sommet du mont, sont réveillés par de petits bruits secs… Regardant autour d’eux, ils découvrent un étonnant spectacle : des fleurs blanches en forme de mains ouvertes éclatent sur tout le plateau, le couvrant d’une magie blanche à l’odeur enivrante. Renseigné, le mari se rend sur place, déterre une fleur qu'il tente de planter dans son jardin en souvenir de sa femme. Il recommence mille et mille fois, mais la fleur n’accepte de fleurir ailleurs que sur le plateau.




Il était une fois, une famille des îles sous le vent qui vivait à RAIATEA. Cette famille avait deux enfants, une fille et un garçon. C'était alors une famille très sympathique et accueillante et tous les gens de RAIATEA les aimaient beaucoup.

Un soir le père et la mère décidèrent que le lendemain matin ils iraient à la pêche car le temps serait beau tandis que les deux enfants resteraient chez eux pour nettoyer leur maison.

Le jour se leva et les parents partirent pour la pêche. La mère dit à sa fille :"Ne vous inquiétez pas, nous allons vite revenir.

Dès que nous aurons du poisson nous rentrerons."
La fille rentra alors à la maison sans attendre le départ de ses parents, son frère arriva et lui demanda : "Que t'arrive-t-il ?"

Sa soeur ne répondit pas. Il lui posa une deuxième fois la même question, elle lui répondit alors en pleurant : "Je n'aime plus nos parents car ils ne sont pas gentils avec nous, ils ne s'occupent pas de nous, je trouve que ce ne sont pas de bons parents. "

Elle alla alors dans sa chambre lorsqu'elle eut fini son travail et son frère fit de même.

Au retour des parents, Apetahi et son frère étaient alors en train de dormir. La mère et le père tirèrent le bateau sur le sable, ramassèrent le poisson puis rentrèrent à la maison. Ils n'entendirent aucun bruit, la mère se dit alors que ses deux enfants dormaient. Elle prépara le repas du soir pour elle et son mari, sans penser que leur fille était réveillée.
Maïre la mère critiqua ses enfants sans penser que Apetahi la regardait sans faire de bruit. Apetahi pensait que sa mère était orgueilleuse. Pourquoi sa mère faisait-elle une chose pareille. Apetahi retint tout ce que la mère avait dit la veille au soir.

Le matin arriva, Apetahi prit la fuite sans faire de bruit et courut chez son oncle pour lui raconter ce que sa mère avait dit. La mère se réveilla et appela Apetahi pour chauffer l'eau.

Dommage ! Leur fille n'était plus là !
Elle se leva et alla voir où était Apetahi.
Le fils lui répondit que sa soeur était partie chez son oncle. Maïre réveilla son mari et prit la route pour aller chez son frère

A leur arrivée, son frère lui apprit que leur fille venait juste de partir sur la montagne de Temehani

La mère d'Apetahi demanda à son frère : "Qu'a-t-elle dit ?".

Le frère de Maïre répondit : "Votre fille est partie sur la montagne car elle ne pouvait vous supporter."

Aussitôt la mère courut sur la montagne sans rien dire, elle courut en pleurant pour rejoindre sa fille. Elle savait pourquoi sa fille était partie sur la montagne de Temehani. Apetahi, déjà arrivée, creusa alors un trou puis coupa ses deux bras et les mit dans le trou, puis le remplit avec du sable et mourut devant le trou.

Alors que la mère venait juste d'arriver sans savoir que sa fille était morte sur le mont de Temehani, elle l'appela plusieurs fois. Aucune voix ne répondit, Maïre prit alors le chemin qui va vers les bamboutiers. Hélas, elle vit au loin une jolie fleur qui brillait et qui portait cinq pétales. Elle s'approcha de la fleur ; apparut alors le visage de sa fille. Lorsqu'elle vit ce doux visage, elle pleura et demanda pardon à sa fille car elle regrettait beaucoup de líavoir fait souffrir comme ça. A son retour, elle annonça la mauvaise nouvelle à son mari : «Notre fille est morte sur le mont de Temehani.»
Tout étonné le père ne crut pas sa femme, et lui demanda alors : "Comment le sais-tu ?" Sa femme lui répondit : "Tu vas sur le mont de Temehani, t'apparaîtra au loin une jolie fleur blanche qui a cinq pétales" . A son arrivée, il vit la fleur que sa femme lui avait décrite et comprit que c'était vraiment sa fille, alors il s'approcha de la plante et s'excusa du mal qu'ils lui avaient fait. A son retour il annonça dans sa ville que le lendemain tout le peuple devait aller sur le mont de Temehani, pour voir sa fille qui serait fleurie comme un Tiare à cinq pétales blancs.Personne ne fit attention à ces propos.

Ce soir-là un homme alla à la chasse sur la montagne de Temehani, il vit alors derrière les troncs de bamboutiers une jolie fleur qui brillait comme de l'or, et tout de suite il se souvint de ce que Terrii avait dit au village.
Il rentra à la maison et dit au gens du village que la fleur Tiare Apetahi existait sur le mont de Temehani, puisqu'il l'avait vue de ses propres yeux. Tout le monde réagit et partit sur le mont de Temehani.
A leur arrivée parut au loin cette jolie fleur qui brillait .

samedi 1 janvier 2011

La légende du MAIORE



Il y a bien longtemps, bien avant l’arrivée des Blancs dans nos îles, une impitoyable sécheresse s’abattit sur notre Pacifique. Les arbres et les hommes se mouraient, brûlés par le soleil. Les grands cocotiers eux-mêmes laissaient pendre leurs larges palmes roussies, décharnés et abattus comme de grands oiseaux morts. Les tribus, décimées, agonisaient, levant les yeux vers un ciel qui semblait voué à un éternel été.
Blotti sous les grands pureau (arbre) de la plage, le petit faré (maison) avait su garder un peu de sa fraîcheur, au milieu de l’incendie de la terre et du ciel.
Allongée sur une natte de pandanus tressé, Moe rêvait, ses grands yeux noirs perdus vers une lointaine terre verte. La voyant si belle, Aratua, son fiancé, se mit à chanter pour elle, pour bercer son rêve et sa mélancolie :
« Moe, Moe, tu es belle comme la fleur du gardénia, belle comme une cascade sous un ciel d’étoiles. Ton sourire est plus nécessaire à mes yeux que ne l’est le fruit frais à la gorge du voyageur. Tes cheveux sont plus noirs que la plus noire des nuits, et aucune fleur n’a leur parfum. Tes lèvres sont une fleur rouge sur ton visage et ta gorge bat doucement comme un oiseau qui meurt.
» O Moe, Moe, mon bras a appris à manier le harpon dans l’eau blanche des récifs, et ma pirogue est la plus rapide et la plus légère.
» Mon épaule peut porter les plus lourds régimes de fruits pour te les offrir, et mon filet peut attraper les plus grands et les plus beaux poissons pour te les offrir.
» Mais qu’importe, ô Moe, puisque nous allons mourir. Ni ta beauté, ni mon bras, ni ma pirogue, ni mon filet, ne peuvent rien contre le soleil… »
Moe avait écouté son fiancé chanter. Et Moe ne voulait plus mourir. Elle voulait vivre, vivre avec Aratua. Alors, rejetant ses longs cheveux sur ses épaules brunes, elle se tourna vers lui :
- Je connais dans la montagne un sage vieillard, Taaroa. Le jour de ma naissance, il a dit à ma mère que je serai belle comme l’étoile du matin et que pour moi, il donnerait sa vie. Allons le trouver. Et ils partirent vers la montagne où vivait Taaroa.
La nouvelle de la promesse faite à Moe le jour de sa naissance s’était répandue à travers les tribus, comme l’appel d’un tambour au fond des vallées, et le petit faré sous les pureau était devenu un lieu de pèlerinage, où chacun venait chercher l’espoir.
Les deux jeunes gens marchaient dans la montagne, suivis par un long serpent humain d’hommes et de femmes, dont la lamentation montait dans l’air surchauffé comme une prière :
- O Moe, Moe…
Vers le soir apparut Taaroa.
Longue forme blanche dans sa robe de tapa (vêtement), sa grande barbe le couvrait de la tête au pieds. Appuyé sur une branche de citronnier sauvage dégarnie de ses épines, il dégageait une telle force tranquille, qu’à sa vue toutes les tribus comprirent que de lui viendrait leur salut.
Moe continua seule sa montée vers lui et s’arrête sur une roche haute, silhouette découpée sur le soleil couchant.
- Sage et vénéré vieillard, tu as promis à ma naissance que je serai belle comme l’étoile du matin et que pour moi, tu donnerais ta vie. Aujourd’hui, je veux vivre avec celui que j’aime. Aujourd’hui, nous voulons vivre.
- O Moe, je tiendrai ma promesse. Tu es belle comme l’étoile du matin, fraîche comme une fleur de gardénia et pour toi, je ferai la beauté éternelle.
» Tu aimes ce garçon qui te suit, et son cœur se soulève d’amour en te regardant. Pour toi, je ferai l’amour éternel.
» Tu veux vivre et pour toi, je ferai la vie éternelle.
» Et le miracle se réalisa. Le corps du sage Taaroa sembla se fondre dans l’air du soir qui montait des vallées. Ses bras s’allongèrent, devinrent branches et rameaux, qui se couvrirent de feuilles et de fruits; ses jambes s’incrustèrent dans le sol et devinrent racines ; tout son corps devint noueux comme le tronc des vieux arbres.
» Le prodige fut complet : l’eau se remit à couler dans les rivières et l’herbe, et les fleurs, et les arbres reverdirent à vue d’œil. C’est en chantant de joie que les tribus revinrent vers la mer, se baissant pour passer sous les branches de l’arbre, qui ployait sous les fruits.
» Voilà la légende du maiore (arbre à pain) = uru (fruit).



« Il y a très longtemps sévissait une grande famine sur l’île de Ra'iātea. Ruata’ata et son épouse Rūmauari’i se lamentaient sur le sort de leurs enfants. Ils n’avaient plus que de la terre rouge, 'araea, à leur donner pour tout repas.
Un soir, Ruata’ata dit à son épouse : "Oh, Rūmauari’i, lorsque tu t’éveilleras demain matin, tu sortiras et tu verras mes mains : elles seront des feuilles. Mes bras seront des branches, mon corps un tronc, et ma tête sera un fruit rond."
Ruata’ata sortit mais sa femme ne comprit pas ses paroles. Au réveil, elle constata que l’entrée de la caverne était ombragée par un arbre splendide. C’est alors qu’elle saisit tout le sens des paroles de son mari qui s’était transformé en arbre à pain pendant la nuit, en tumu 'uru, désespéré qu'il était de voir sa famille mourir de faim.
L’arbre se propagea rapidement, depuis cette vallée de Ra'iātea, vers les autres îles hautes et devint une inépuisable réserve de nourriture pour les Polynésiens. »


La légende de TERIIHAUMATATINI

Il y a fort longtemps, régnait à PAEA un prince de la très fameuse famille des OROPAA. Il était adoré par sa population. Ses terres étaient riches et prospères.
Son voisin, le prince TEVA de PAPARA décida de s'emparer de ce royaume où la nature semblait si généreuse. Il entraîna secrètement son armée et, traîtreusement, par une nuit sans Lune, il envahit le pays sans déclaration de guerre.
Ses hommes semèrent ruines et désolation sur leur passage. L'armée du prince OROPAA, malgré sa bravoure et son héroïsme, fut mise en déroute.
Le prince fut tué après s'être battu vaillamment pendant toute la nuit.
Il avait un fils, TERIITAUMATATINI. Les serviteurs lui sauvèrent la vie en le mettant à l'abri dans la vallée d'OROFERO, avec les vieillards, les femmes et les enfants. Quand il apprit la mort de son père, le jeune prince courut rejoindre le champ de bataille.
Arrivé sur les lieux du drame, il se planta devant le prince TEVA et de sa voix la plus forte, le traita d'assassin, de voleur de terre et l'accusa d'avoir agi comme un lâche, sans déclaration de guerre, comme le voulait la tradition. TEVA voyant qu'il avait affaire à un adolescent enflammé se moqua de lui et lui recommanda de montrer du respect à son nouveau maître. TERIITAUMATATINI loin de calmer son ardeur continua à l'insulter. Quand il aperçut la lance de son père dans la main de son ennemi, il le provoqua en duel.
Le victorieux chef TEVA, pris entre colère et admiration pour la ténacité et la bravoure du si jeune TERIIHAUMATATINI, lui dit :
" Puisque tu n'as plus d'armée, choisis un de mes guerriers. C'est avec lui que tu te battras en duel avec l'arme de ton choix !
- Non TEVA, bien qu'il me déplaise de jouer pour reconquérir ma terre, celle de mes valeureux ancêtres, c'est contre toi que je veux me battre, et cela avec la vibrante lance de mon père !
- Bien, dit le chef TEVA. Nous lancerons nos armes, et si la tienne va plus loin que la mienne, je te rendrai la portion de territoire entre nos deux lances ! "
TERIIHAUMATATINI prit la lance des mains de TEVA et lui ordonna : " Commence ! "
TEVA, lassé de tant de palabres, prit son élan et d'un geste sûr lança son long javelot.
L'arme décrivit une courbe très haut dans le ciel et se planta profondément dans le sol à une grande distance de la ligne de départ.
TERIIHAUMATATINI à son tour envoya sa lance et la planta quelques pas plus loin que celle du chef TEVA. Ce dernier eut un murmure admiratif en regardant le jeune insolent. Il savait combien cette arme était lourde et difficile à manier.
Tous les deux s'avancèrent vers leurs lances et TERIIHAUMATATINI dit : " C'est toi qui a perdu, c'est toi qui recommences ! ".TEVA se concentra et lança son arme deux fois plus loin que la première fois. TERIIHAUMATATINI connaissait la force de son ennemi et savait que celui-ci ne donnait pas toute sa puissance. Il recula de deux pas et envoya sa lance encore plus loin que celle de TEVA. Cette fois, la foule où se mêlaient guerriers vainqueurs et population vaincue, manifesta son émerveillement devant la prouesse du jeune prince.
Marchant vers leurs lances, les deux adversaires s'observaient.
TEVA dit à TERIIHAUMATATINI :
" Reste sur la même ligne que moi ! - Alors lance ton javelot avec toute ta force. N'essaie pas de m'épargner ou de m'humilier ! "
Et TEVA envoya sa lance le plus loin qu'il pût, mais à chaque fois TERIIHAUMATATINI le dépassa.
La journée touchait à sa fin, le soleil descendait sur l'horizon, les deux combattants avaient lancé tant de fois leurs javelots que même la légende ne peut le raconter.
TERIIHAUMATATINI avait presque reconquis la totalité des terres de ses ancêtres. La foule des habitants de PAEA les suivait et bientôt ses cris d'admiration se mêlèrent à ceux des habitants de PAPARA venus accueillir leur chef victorieux et leurs guerriers couverts de gloire.
Quand le soleil fut presque couché, TEVA dit àTERIIHAUMATATINI : " Il ne te reste plus qu'un lancer pour récupérer ta terre. Si je lance ma lance plus loin, je te donnerai le bout de terre qui m'appartient. Mais je voudrai voir aujourd'hui ta véritable force.
- Non, répliqua TERIIHAUMATATINI, le moment n'est pas encore venu. Lance ta lance aussi loin que tu peux, je ne peinerai pas ton peuple qui est venu à ta rencontre, ni n'offenserai tes guerriers qui te suivent. "
TEVA lança son javelot de toutes ses forces sous les acclamations des spectateurs et alla le planter très loin, bien au-delà de la frontière délimitée par les tiki*. Un grand silence se fit. Chacun retenait son souffle, attendant l'ultime lancer du prince.
Mais TERIIHAUMATATINI marcha droit et fier vers la limite des frontières et planta sa lance aux pieds d'un des tiki-gardiens*. Il se retourna et s'adressa à la multitude qui l'acclamait : " Mon intention n'est pas d'aller plus loin. Seul le patrimoine
de mes aïeux m'importe ! "
Alors, devant tant de qualités physiques et morales, le chef TEVA appela sa fille. Les membres de son clan s'écartèrent pour laisser passer la jeune princesse.
“Voici ta femme, dit TEVA au jeune prince. Je voudrais que tes descendants soient aussi les miens. Quant à ma lance, je la laisse pour eux. "
C'est ainsi que TERIIHAUMATATINI, prince du clan des OROPAA de PAPARA, de la dynastie des nobles visages, ou prince aux multiples yeux, c'est-à-dire “celui qui ne se laisse pas surprendre”, recouvra son territoire sans verser une goutte de sang et se maria avec une fameuse princesse de PAEA.

L’origine divine du tatouage



Selon la légende en Polynésie, le tatouage serait d’origine divine. En effet, pendant le Pô (= periode obscure), la pratique du tatouage aurait été créée par les deux fils du dieu Ta’aroa : Mata Mata Arahu et Tu Ra’i Po. Les deux frères faisaient partie d’un groupe d’artisans dont faisaient également partie un autre dieu, celui de l’habilité, et Hina Ere Ere Manua, fille du premier Homme. Lorsque Hina Ere Ere Manua devint une pahio (=  jeune femme), les deux dieux en tombèrent amoureux. Pour la séduire ils inventèrent le tatouage, s’ornèrent d’un motif appelé Tao Maro Mata et réussirent à enlever la jeune fille du lieu où elle avait été enfermée depuis qu’elle était devenue une jeune femme, car poussée elle aussi par le désir elle trompa la vigilance de sa « prison » pour se faire tatouer.
Cette pratique fut d’abord utilisée par les deux fils du dieu Ta’aroa, puis ils transmirent leur savoir aux Hommes qui trouvèrent cette pratique très intéressante et l’utilisèrent en abondance. Les deux frères Mata Mata Arahu et Tu Ra’i Po devinrent ainsi les dieux du tatouage.

mardi 28 décembre 2010

La légende de la pieuvre Fe’e

Le district de Papeto'ai, de l'île de Moorea, qui s'appelait autrefois Fa'ato'ai (vallée droite), était la demeure légendaire d'une grande pieuvre, fe'e, envoyée par les dieux pour veiller sur ses habitants. Mécontente de ses protégés, corrompus par des étrangers appelés hommes tortues, arrivés des îles Australes, elle quitta Fa'ato'ai pour se réfugier dans le mont Rotui. Pour les punir, elle déversa son encre sur le versant de la montagne jusqu'à la plage de Vaihere (rive de la baie de Opunohu). Ce geste empoisonna tous les poissons de cette partie de la baie de Opunohu. Cette croyance est encore bien établie chez les habitants qui ne pêchent jamais sur cette côte, sauf les bancs venant du large. Depuis le village, on peut voir la tête et les yeux de la pieuvre couchée sur le mont Rotui, au-dessus de la propriété Kellum. Les anciens racontent que le temple de Papetoai fut construit de forme octogonale, en mémoire du symbole des huit tentacules de la pieuvre et du nom ancien de l'île, 'Aimeho i te rärä varu (Aimeho aux huit radiations).

dimanche 12 décembre 2010

La légende du Moua Puta

Sur le Mont Rotui (situé à Moorea) plane une légende de ce héros mythique qui était mi-homme et mi-dieu. Il s’agit de Pai.
Cette légende commence sur la montagne appelée Moua Puta.
Curieusement, cette montagne se trouve dans l'alignement de la pointe Tataa qui se trouve à Paea (Tahiti) et de la pointe sud de Raiatea (l'île Sacrée).
Alors que la Polynésie est plongée dans le noir le plus épais, une nuit sans lune, Hiro, dieu des voleurs, tenta de voler le mont Rotui. Seulement son plan est déjoué par Pai, averti par le dieu créateur. Celui-ci se nomme Ta'aroa et ses pouvoirs sont illimités.
Ainsi prévenu, Pai saisit sa lance et de la pointe Tataa, l'envoie en direction de Moorea. Sa lance traverse le sommet du Moua Puta, frôlant, probablement le Rotui entouré de cordes que les voleurs à bord de leur pirogue avaient commencé à tirer. C'est pour cela que les deux baies, la baie d'Opunohu et la baie de Cook, se formèrent, laissant le Rotui au milieu.
La lance de Pai alla ensuite se planter dans le sud de Raiatea qui, depuis, a un relief particulièrement échancré.
A Moorea, les coqs réveillés par le sifflement de la lance de Pai, trompèrent par leurs chants les voleurs qui se hâtèrent croyant proche le lever du jour.
Ils ne purent emporter qu'un petit bout du Rotui à Raiatea.
Ainsi, sans l'intervention de Pai, Moorea et l'ensemble des îles de la Société seraient beaucoup plus éloignées de Tahiti qu'elles ne le sont aujourd'hui.

Source OPT